Vous avez peut‑être déjà croisé ce nouvel indicateur en faisant vos courses en ligne chez E.Leclerc sans vraiment comprendre ce qu’il signifiait. Cet affichage prétend vous aider à choisir des aliments plus respectueux de la planète. Pourtant, derrière ce score environnemental présenté comme une avancée majeure, les experts pointent des limites qui peuvent brouiller vos décisions.
Avant de savoir en quoi cet outil peut vous aider ou vous induire en erreur, il faut comprendre pourquoi il suscite autant de débats.
Pourquoi l’affichage environnemental suscite autant de questions
Le besoin d’informations claires sur l’impact écologique des aliments n’a jamais été aussi fort. Entre émissions de gaz à effet de serre, pression sur la biodiversité ou consommation d’eau, chaque choix alimentaire compte. E.Leclerc, numéro un de la grande distribution en France, a donc lancé le 15 avril un nouveau score environnemental pour ses produits alimentaires.
Ce score repose sur la méthodologie officielle du « coût environnemental ». Il s’agit d’un indice de points d’impact environnemental : plus le chiffre est élevé, plus le produit est jugé dommageable. Ce ne sont pas des lettres colorées comme pour le Nutri‑score, mais des nombres bruts. C’est déjà un premier problème de lisibilité pour les experts.
Autre contrainte : l’indication n’est disponible que sur le site de l’enseigne, et bientôt via son application mobile. Impossible pour l’instant de la voir directement sur les emballages. Pourtant, elle concerne déjà 6 000 références des gammes Marque Repère, Eco+ et Nos régions ont du talent.
Le système repose sur l’analyse du cycle de vie (ACV), méthode soutenue par l’Agence de la transition écologique (Ademe). Elle étudie environ quinze critères : émissions de gaz à effet de serre, dégradation de la biodiversité, usage de l’eau, transformation, transport, distribution. Un chantier ambitieux, mais encore imparfait selon plusieurs associations de consommateurs. Et cette complexité explique pourquoi les enseignes peinent à s’accorder sur un modèle commun.
Ces zones d’ombre ouvrent la porte aux critiques les plus sévères.
Ce que les experts reprochent vraiment au score E.Leclerc
Le premier reproche posé par l’association Que choisir ensemble (ex UFC‑Que Choisir) porte sur la lisibilité. Un simple nombre, sans échelle claire, laisse perplexe. Un produit qui affiche 200 points n’est pas « bon », là où un score élevé signifie une mauvaise performance écologique. L’intuition des consommateurs est mise à l’épreuve.
Exemple concret : une boîte de champignons en conserve Eco+ affiche 207 points d’impact, quand une version supérieure « origine France garantie » indique 165 points. Pour des lasagnes surgelées, la version bolognaise atteint 379 points alors que la variante chèvre‑épinards descend à 181.
Autre critique centrale : le score est calculé par unité de vente, sans rapporter l’impact au poids du produit. Une grande pizza aura donc logiquement un score bien plus élevé qu’une petite. Cela reflète l’impact réel, mais complique la comparaison. Sur le site d’E.Leclerc, par exemple, une boîte de gâteaux fourrés bio obtient un score de 76 points contre 211 pour la version conventionnelle. Or elle pèse 50 g de moins, ce qui brouille complètement la lecture.
En théorie, un score ramené au kilo doit apparaître dans le logo officiel. Il figure sur les documents de l’Ademe et dans le communiqué de presse d’E.Leclerc, mais pas sur le site destiné aux consommateurs. Cette absence interroge, d’autant que l’enseigne n’a pour l’instant pas commenté ce point.
Enfin, si la méthode ACV a été corrigée pour ne plus défavoriser systématiquement l’agriculture biologique, elle reste imparfaite. Les anciennes versions pénalisaient les produits bio en raison d’un rendement plus faible à l’hectare. Malgré les ajustements, l’association de consommateurs estime le système encore loin d’être satisfaisant.
Ces critiques expliquent pourquoi certaines enseignes choisissent d’autres systèmes d’affichage.
Comment fonctionne réellement ce score : la méthode derrière les chiffres
Le « coût environnemental » reprend les règles de l’analyse du cycle de vie. Cette méthode évalue l’impact d’un produit depuis la production agricole jusqu’à la distribution. Quinze catégories environnementales sont analysées, dont :
- les émissions de gaz à effet de serre,
- la perte de biodiversité,
- la consommation d’eau,
- l’usage des terres,
- la transformation industrielle,
- le transport,
- l’emballage.
Chaque étape contribue à un score final exprimé en points. Le cumul donne ainsi une mesure globale des dommages causés. Plus le score est faible, meilleur est le produit d’un point de vue environnemental.
Cette méthode a l’avantage de couvrir l’ensemble du cycle de vie, contrairement à un affichage carbone limité aux gaz à effet de serre. Elle permet de distinguer par exemple l’impact de l’irrigation, de la pollution des sols ou de la déforestation.
Mais son manque de lisibilité freine son adoption généralisée. Et c’est ce qui pousse certaines enseignes à adopter d’autres indicateurs.
Les alternatives adoptées par Intermarché, Picard ou Biocoop
Le retard de validation officielle de la méthode gouvernementale, confirmé par le ministère de la Transition écologique, laisse une grande marge d’interprétation aux distributeurs.
Intermarché, par exemple, vient de publier en ligne un indicateur d’impact carbone pour ses marques propres alimentaires. Il s’agit d’un affichage plus simple et limité aux émissions de gaz à effet de serre. L’enseigne préfère cette approche en attendant la validation finale du score environnemental officiel.
Picard Surgelés et plusieurs autres distributeurs ont choisi un système concurrent : le Planet‑score. Ce score, géré par une société privée, bénéficie du soutien d’associations comme Que choisir ensemble. Il met davantage en valeur les atouts des produits bio. Il propose également une note colorée de A à E, très similaire au Nutri‑score, ce qui facilite la compréhension.
Le Planet‑score permet aussi une meilleure différenciation à l’intérieur d’une même catégorie de produits. Mais il n’est pas exempt de critiques. Faible transparence, société porteuse jugée opaque, notations parfois trop généreuses pour certains produits carnés : plusieurs experts pointent ces limites.
Face à ces polémiques, même Biocoop, pourtant fervent défenseur historique du Planet‑score, a décidé de s’en désengager progressivement. Le score figure pourtant déjà sur certains emballages. Mais l’enseigne juge désormais ce système à son tour trop imparfait, sans pour autant soutenir la méthode gouvernementale.
Cette fragmentation illustre un problème plus large que de simples logos.
Les pièges et limites à connaître avant d’utiliser ces scores
Plusieurs erreurs d’interprétation sont fréquentes lorsqu’on consulte ces affichages environnementaux. La première est de croire qu’un produit moins lourd est systématiquement meilleur. Le score par unité de vente fausse parfois la perception, ce qui nécessite de considérer le rapport au kilo lorsqu’il est disponible.
Autre piège : comparer des catégories trop différentes. Une conserve de champignons et des lasagnes surgelées n’ont pas les mêmes procédés de fabrication. Le score n’est utile que pour comparer des produits équivalents.
Il faut aussi garder en tête que l’analyse du cycle de vie évolue sans cesse. Les corrections intégrant mieux l’agriculture biologique montrent que les méthodes sont perfectibles. Les résultats obtenus aujourd’hui ne seront peut-être plus les mêmes demain.
Enfin, aucun score ne remplace la réflexion globale : réduire la viande rouge, privilégier les produits de saison, limiter les emballages, éviter le gaspillage. Les logos donnent une indication, mais ne dictent pas un comportement complet.
Ces indicateurs évolueront encore
L’affichage environnemental fait ses premiers pas et il progresse grâce au débat public. À mesure que les méthodes se stabiliseront, ces scores deviendront plus lisibles et plus utiles. En attendant, les consommateurs doivent naviguer entre plusieurs systèmes.
Le plus important est peut-être de s’habituer à regarder ces données, même imparfaites, pour prendre conscience de l’impact réel de nos choix alimentaires. Chaque information, aussi perfectible soit-elle, nous rapproche de meilleurs réflexes pour la planète.












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