Certains jeunes s’habillent désormais comme leurs grands-parents, cuisinent comme eux et adoptent même leurs loisirs. Ils y trouvent du réconfort, un ancrage et une identité plus solide. Ce retour inattendu aux valeurs d’autrefois intrigue, mais il révèle surtout un besoin profond de repères. Et une habitude en particulier explique à quel point ce phénomène prend de l’ampleur.
Pourquoi ce retour aux habitudes anciennes fascine autant
Les jeunes générations évoluent dans un monde saturé de nouveautés, mais appauvri en repères stables. L’uniformisation des objets, de la mode ou des loisirs crée un sentiment de déracinement. Selon Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi, la « sheinisation » ou l’« ikeaisation » rend les modes de vie plus homogènes. Beaucoup ressentent alors le manque de particularismes, de petits rituels ou d’objets chargés d’affect.
Cette quête de sens se voit partout, notamment dans la mode. Miu Miu a présenté en octobre 2025 une collection printemps-été 2026 composée de tabliers fleuris ou unis, inspirés des années 1950 à 1970. Un clin d’œil assumé au passé, et pourtant considéré comme moderne par les 18-34 ans. Leur engouement pour la seconde main confirme cette tendance : d’après l’Institut Français de la Mode, elle représente déjà plus de 17 % de leurs achats d’habillement, contre moins de 4 % chez les plus de 55 ans.
Ce besoin de valeur et d’émotion se lit aussi dans les chiffres. À l’automne 2025, Pinterest a enregistré un bond de 550 % des recherches autour des « trouvailles de rêve en friperie ». Une preuve supplémentaire de ce désir d’authenticité. Reste à comprendre ce que ces pratiques anciennes leur apportent vraiment…
L’habitude surprenante que les jeunes redécouvrent : le mode de vie « grandma core »
Au cœur de ce retour aux valeurs se trouve un mouvement devenu massif : le « grandma et grandpa core ». Il ne s’agit pas seulement d’une tendance esthétique. C’est une manière de vivre plus lente, plus concrète, inspirée du quotidien des générations des années 1950 à 1970.
Les jeunes se réapproprient les objets de leurs grands-parents : cocottes en fonte, napperons crochetés, belle vaisselle, linge de maison ancien, chariots de course. Ils redécouvrent aussi les loisirs d’autrefois : la poterie, le tricot, la couture, les plats mijotés, la pétanque. Autant de pratiques simples, manuelles, tangibles, qui reconnectent au réel.
Ce phénomène repose sur une logique forte. D’un côté, la peur de l’avenir pousse à chercher des zones de confort. De l’autre, le passé incarne l’autorité, l’expérience et la stabilité. Comme le souligne l’expert, cette nostalgie rénovée – ou « newstalgie » – permet aux jeunes de recréer du lien avec une époque idéalisée mais rassurante. Même les marques s’en inspirent : Jacquemus a fait de sa propre grand-mère, Liline, l’ambassadrice de sa marque.
Le résultat ? Une génération qui réinvestit son quotidien avec des gestes autrefois considérés comme démodés, mais aujourd’hui perçus comme protecteurs. Reste à voir comment ces habitudes s’intègrent concrètement dans leur vie.
Comment ces habitudes d’autrefois reviennent dans le quotidien
Cette redécouverte passe par des pratiques très concrètes, faciles à adopter et visibles sur les réseaux sociaux. Pinterest indique par exemple une hausse de plus de 1 000 % de l’intérêt pour la « cuisine de seconde main ». Les recettes incarnées par des « mamies » y font sensation, au même titre que les ateliers ou tutoriels liés à la décoration et aux loisirs rétro.
Les objets et pratiques remis au goût du jour
- Les cocottes en fonte, idéales pour les plats mijotés.
- La belle vaisselle et le linge de maison ancien, recherchés en brocante.
- Les napperons en crochet et les ouvrages manuels.
- Les chariots de course vintage.
- Le tricot, la couture, la poterie et les loisirs artisanaux.
- Les jeux rétro comme la pétanque.
Le retour de certains vêtements emblématiques
- Les mi-bas et les jupes mi-longues.
- Les pullovers sans manches.
- Les manteaux de fourrure vintage.
- Les slingbacks.
- Les culottes de mémère, devenues objets de trend et non de moquerie.
Ce mode de vie ne reste pas confiné à la maison. Il s’étend même aux voyages. Une étude GetYourGuide révèle que plus de huit Français sur dix sont prêts à réserver des expériences animées par des grand-mères locales. Le « grandma tourism » permet de découvrir des recettes familiales, des savoir-faire anciens et des histoires personnelles.
Même les animaux de compagnie y trouvent leur place, avec le retour du fameux « chien-chien à sa mémère » : teckels, spitz et cockers deviennent tendance, tandis que les marques proposent désormais des collections mode – parfois luxe – pour chiens.
Ces exemples montrent que ce mode de vie n’est pas qu’un effet de mode. Mais il comporte aussi certaines nuances à connaître…
Variations, conseils et profondeur autour de cette « newstalgie »
Chaque jeune ne vit pas ce retour aux valeurs de la même manière. Certains choisissent la voie artisanale, en apprenant la poterie ou le crochet. D’autres préfèrent la version lifestyle, avec des vêtements rétro ou des objets chinés. D’autres encore s’aventurent dans la cuisine d’antan, reproduisant les plats mijotés transmis par leurs grands-parents.
Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de consommation responsable. La seconde main, qui représente déjà 17 % des achats d’habillement des 18-34 ans, favorise la qualité plutôt que la quantité. Les « marques oubliées » reprennent de la valeur grâce à leur solidité et à leur histoire.
Dans la mode, les marques de luxe comme Miu Miu montrent que revisiter le passé peut devenir un symbole de modernité. Les tabliers artisanaux ou les silhouettes rétro s’accordent parfaitement avec les envies de singularité et d’authenticité.
Enfin, la version italienne de cette tendance – le « nonna maxxing » – met en avant un mode de vie ralenti, centré sur le bien-être, la cuisine maison et les rituels simples. Une micro-tendance qui complète le mouvement en rappelant qu’un quotidien apaisé reste un idéal pour beaucoup.
Ce que les jeunes doivent éviter en adoptant ces habitudes anciennes
Ce retour au passé peut toutefois entraîner quelques pièges. Le premier consiste à tomber dans une idéalisation excessive des décennies 1950-1970. Ces époques avaient aussi leurs difficultés. Il est donc essentiel de s’inspirer des rituels anciens sans chercher à copier une époque dans sa totalité.
Le deuxième écueil serait de consommer du vintage comme une nouvelle forme de fast-fashion. Les objets anciens perdent leur sens s’ils sont achetés compulsivement. Leur valeur réside dans leur usage, leur transmission et leur histoire.
Enfin, il ne faut pas confondre ralentissement et retrait. Les pratiques artisanales ou culinaires doivent rester des sources d’équilibre, non une fuite.
À mesure que ces habitudes se diffusent, une évidence se dessine : il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais de donner plus de sens au présent. Et peut-être que c’est là, dans ces gestes simples et cette authenticité retrouvée, que les jeunes recréent enfin leurs propres repères.












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