Chaque jour, des tonnes de nourriture préparées pour les vols finissent à la poubelle sans avoir été touchées. Un chiffre difficile à imaginer lorsque l’on pense au défi climatique. Vous allez découvrir comment une seule innovation peut transformer ce gouffre invisible en une gestion fine et efficace des repas à bord. Et surtout, comment elle pourrait éviter que l’aviation ne double encore son volume de déchets dans les prochaines années.
Un fléau discret mais colossal pour le transport aérien
Le gaspillage alimentaire en avion reste largement méconnu, alors même qu’il représente un enjeu écologique majeur. Selon l’Association du transport aérien international (IATA) et l’Aviation Sustainability Forum (ASF), les compagnies aériennes génèrent aujourd’hui environ 3,6 millions de tonnes de déchets de cabine et de restauration chaque année. Airbus rappelle que ce chiffre devrait atteindre quatre millions de tonnes d’ici fin 2025.
Pire encore, ces deux organisations estiment que le volume total pourrait doubler d’ici 2040 si rien ne change. La raison est simple : la croissance continue du nombre de passagers. Dans ces millions de tonnes, entre 18 % et 20 % sont constitués d’aliments et de boissons non consommés. Une grande partie est ensuite incinérée ou enfouie, faute de solutions efficaces de tri et de revalorisation à bord.
La difficulté est structurelle : un avion ne peut pas être réapprovisionné pendant le vol. Les équipes doivent donc embarquer des quantités suffisantes pour anticiper les choix des passagers, au risque de surcharger les chariots de repas. Ce cercle vicieux rend indispensable une gestion plus précise. Et c’est précisément là que l’innovation d’Airbus change la donne.
Encore fallait-il trouver un moyen de suivre ces denrées en temps réel pour réduire le surplus sans compromettre le service…
Smart Catering : l’outil IA pensé par Airbus pour réduire les déchets
À l’occasion du salon Aircraft Interiors Expo à Hambourg, Airbus a dévoilé son prototype Smart Catering : une solution d’intelligence artificielle conçue pour fournir une vision en temps réel de la consommation alimentaire à bord. L’objectif est clair : réduire les déchets évitables liés à la restauration, que l’avionneur estime pouvoir baisser de plus de 10 % grâce à cette technologie.
Testé en 2025 avec la compagnie britannique Virgin Atlantic, le système a d’abord été évalué dans un simulateur de cabine puis intégré en conditions réelles sur deux types d’avions. Le premier test a eu lieu sur un Airbus A330 entre Londres et New York, en aller-retour. Le second, sur un Airbus A350 entre Londres et Orlando. Pour Airbus, ces essais ont été « concluants ».
Smart Catering repose sur trois piliers. Le premier est la reconnaissance visuelle par IA. Les tablettes et smartphones des équipages utilisent leur caméra pour identifier chaque plateau retiré du chariot, ce qui met à jour automatiquement les stocks. Le second pilier concerne l’assistance intelligente fournie à l’équipage : allergies, informations diététiques, localisation précise de chaque aliment dans un chariot ou une cuisine de bord. Enfin, toutes les données sont agrégées dans un cloud terrestre, capable d’analyser les consommations itinéraire par itinéraire.
Darryl Bailey, responsable des services à bord chez Virgin Atlantic, s’est dit « convaincu » après les essais, convaincu que ce système permettra de répondre plus finement aux préférences des passagers tout en optimisant les opérations.
Mais pour que cette innovation prenne réellement forme dans le quotidien des équipages, encore faut-il comprendre comment elle se déploie à bord…
Un fonctionnement pensé pour s’intégrer au travail des équipages
Smart Catering a été conçu pour s’intégrer dans les outils déjà utilisés par le personnel navigant. Le logiciel d’IA peut être installé sur leurs tablettes ou smartphones. Il peut aussi être ajouté directement sur n’importe quel chariot standard de restauration, une contrainte essentielle dans un secteur où les procédures sont très normalisées.
Voici comment ce système opère en vol :
- L’IA utilise la caméra intégrée à l’appareil du membre d’équipage pour reconnaître chaque plateau-repas retiré du chariot.
- Elle met ensuite à jour automatiquement les stocks, en indiquant la disponibilité et l’emplacement exact de chaque produit à bord.
- Elle fournit aussi des données nutritionnelles et les éventuelles allergies associées à chaque menu, ce qui sécurise le service.
- Les informations sont envoyées à un cloud terrestre, capable de les analyser immédiatement et de repérer les tendances selon les lignes aériennes.
Elise Weber, responsable des solutions pour l’avion connecté chez Airbus, explique que cette innovation « libère l’équipage des formulaires et rapports manuels » et leur permet de se concentrer davantage sur les passagers.
Mais cette technologie ouvre aussi la porte à des usages que les compagnies pourraient adapter selon leurs besoins spécifiques…
Variantes, usages possibles et limites à anticiper
L’intérêt de Smart Catering dépasse la simple réduction des déchets. Grâce aux données collectées, les compagnies peuvent affiner leurs prévisions et ajuster leurs chargements selon la saison, la destination ou le profil des passagers. Un vol Londres–New York n’aura pas la même consommation qu’un vol Londres–Orlando, et le cloud terrestre permet de le mesurer précisément.
Les compagnies peuvent aussi imaginer :
- Des menus optimisés selon les habitudes observées sur chaque ligne.
- Une réduction du poids embarqué, ce qui diminue légèrement la consommation en kérosène.
- Une meilleure prise en compte des régimes alimentaires spécifiques grâce aux informations diététiques en temps réel.
- Une intégration avec d’autres outils de l’avion connecté, comme la gestion des stocks de sièges ou des services premium.
Ce type de solution s’inscrit dans un ensemble plus large d’innovations visant à rendre les vols plus durables, aux côtés des biocarburants (SAF), de l’optimisation des trajectoires ou de l’amélioration des cabines.
Reste à éviter certains pièges courants avant de généraliser la solution…
Les erreurs à éviter avant une adoption à grande échelle
La principale difficulté pour les compagnies sera d’utiliser correctement les données collectées. Une mauvaise interprétation pourrait conduire à sous-estimer les besoins alimentaires et générer l’effet inverse. Il faudra également veiller à former les équipages, afin que le recours aux outils numériques reste fluide et ne ralentisse pas le service.
Autre point clé : l’uniformité des chariots et des matériels embarqués. Le système doit fonctionner sur « n’importe quel chariot », mais les flottes hétérogènes des compagnies nécessitent un déploiement rigoureux pour éviter les incompatibilités techniques.
Enfin, la dépendance au cloud terrestre implique une excellente sécurité des données et une robustesse des connexions une fois au sol.
Utilisée intelligemment, cette innovation peut changer durablement la manière de gérer la restauration en vol.
Ce nouvel outil montre qu’une transformation concrète est possible, même dans un environnement aussi contraint qu’un avion. En optimisant chaque plateau embarqué, Smart Catering pourrait bien devenir un levier majeur pour réduire l’empreinte environnementale des vols de demain.












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